La peinture n’est qu’écriture, dit Francine Simonin.
L’espace pictural est un mur mais tous les oiseaux du monde y volent librement, à toutes profondeurs, dit Nicolas de Staël.
L’espace pictural est un autre territoire pour le rêve. Ici, les images issues des rêves nocturnes ou éveillés prennent la place des mots. Quelques mots y surnagent aussi parfois, résidus de sens portés par la calligraphie.
L’espace que j’ai voulu créer à travers les différents médiums explorés (sanguine, aquarelle, huile sur papier, acrylique et peinture sur pâtes de fibres) reflète l’orientation de ma démarche artistique. Cette démarche se veut l’expression d’une expérience onirique et poétique.
La toile ou la pâte de fibres est d’abord pour moi le lieu d’une construction. J’établis en premier les grandes lignes d’une composition. L’idée se développe à partir d’une couleur de départ associée à la mise en place d’une forme initiale vigoureuse. Cette forme sert de fondement à celles qui surgissent ensuite et s’associent à la première comme des rappels qui organisent progressivement l’œuvre, inscrivant des directions, un mouvement.
Le travail sur pâte de fibres m’a amenée à faire l’expérience du geste spontané qui libère l’imaginaire et donne plus de place à l’inconscient. En combinant acrylique et peinture sur fibres, je me suis orientée tout naturellement vers les techniques mixtes.
La peinture sur fibres telles que le coton, l’abaca, le kozo ou tout autre végétal est un nouveau médium encore peu connu, permettant d’intégrer des pigments et des matériaux divers dans la pâte mouillée formée par des fibres végétales. Ces fibres ont été préparées par un processus de cuisson ou ont été préalablement déchiquetées dans une machine qu’on appelle hollander.
On peut creuser des dépressions dans la pâte, y créer des volumes. Superposer les épaisseurs entre les séchages, surtout pour les fibres d’abaca. La pâte de fibres séchant à l’air libre sans être passée sous la presse produit un papier qui, selon le travail de l’artiste, pourra devenir une œuvre en relief ou même une sculpture en trois dimensions.
L’idée de fractures m’est venue lorsque s’est offert à moi le spectacle d’arbres cassés, courbés ou déformés après la tempête de verglas qui a ravagé plusieurs régions du Québec en 1998.
Les silhouettes des arbres, altérées par l’action du vent et de la glace, avaient pris un aspect anthropomorphique. Une gestuelle humaine évoquant la danse, la célébration, le combat, animait leurs formes modifiées et transformait le paysage environnant. La nature paraissait peuplée d’êtres vivants plutôt que de porter les stigmates d’un séisme naturel.
Cette série de tableaux s’est élaborée à partir de photos et de croquis réalisés au cours de voyages au Labrador, à Terre-Neuve et à la Baie James.
Taïga se présente comme un périple au cœur des terres inhospitalières du Nord, terres que Dieu a données à Caïn, selon le mot de Jacques Cartier. Par le biais de l’écriture poétique, ce thème est illustré dans le recueil Calendrier des terres froides.
Sur le plan artistique, j’ai tenté de rendre la beauté dépouillée de cette forêt clairsemée, la taïga, en explorant les possibilités du nouveau médium que je venais de découvrir, la peinture sur pâte de fibres. Les fibres de coton, se prêtaient naturellement à ce projet. En effet, leur grain très apparent et retouché à l’acrylique évoquait la neige mais aussi la texture à la fois hérissée et veloutée des magnifiques lichens colorés du Nord, cette forêt miniature qui remplace graduellement la forêt boréale, composée d’épinettes noires.
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Après m’être familiarisée avec la peinture sur fibres, j’ai éprouvé le besoin de m’affranchir du moule rectangulaire dans lequel on verse la pâte. À partir de ce moment, j’ai fabriqué avec les fibres de coton des œuvres aux formes fantaisistes et j’ai voulu les combiner avec le support de la toile. Elles ont donc été marouflées sur des toiles recouvertes d’une fine couche d’acrylique à laquelle j’ai ajouté des fibres de kozo. La toile et les fibres de kozo ont pour fonction d’intégrer et de prolonger le mouvement des formes déjà présentes dans les œuvres sur fibres de coton.
Les tableaux ainsi créés ont évoqué des paysages mystérieux et des créatures qui paraissaient appartenir à la préhistoire. C’était comme interroger le passé de la Terre, faire revivre des mondes disparus.
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Des fibres de coton, je suis passée aux fibres d’abaca. En séchant, la pâte de fibres d’abaca se soulève et offre une surface fine mais très résistante , tout en relief. Sa texture et sa couleur rappelle les parchemins qui servaient de support aux anciennes cartes géographiques. C’est pourquoi le thème de la géographie, de l’espace terrestre, s’est inscrit tout naturellement dans mes œuvres.
C’est une géographie vagabonde comme on dirait « imagination vagabonde» dans le cadre de laquelle j’établis des cartes fantaisistes et humoristiques de notre planète. La cartographie du rêve que je propose veut décrire soit des lieux inventés, soit des lieux n’ayant de réel que le nom. Je les consigne dans un atlas de l’imaginaire comme de vrais territoires occupant la planète.
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Quelques mots vont s’égarer entre les racines ou dans la topographie secrète du paysage.
Textes, contenu rédactionnel: © Claire Boulé
Conception: Stephen Bégay - 2011© Tous droits réservés.